La tribune :
"L’épreuve ultime n'a pas de nom dans la langue française. On parle d'un orphelin pour un enfant sans parents, d'un veuf ou d'une veuve pour un conjoint endeuillé, mais la grammaire elle-même semble reculer devant l'indicible : la perte d'un enfant. C'est le naufrage le plus absolu que la vie puisse imposer.
Qu’il s’agisse du choc brutal d’un accident de la route venu tout foudroyer en une seconde, ou de l’usure lente et cruelle de la maladie.
Pour les parents survivants, la suite de l’existence prend la forme d’un impitoyable parcours du combattant. Aux traumatismes invisibles et aux insomnies s'ajoute l'onde de choc au sein du foyer. Face au deuil, chacun réagit différemment, le dialogue se fracture, et une immense majorité des couples finit par se déchirer jusqu'au divorce. La fratrie restante se retrouve alors doublement meurtrie par la perte d'un frère ou d'une sœur et le naufrage de sa cellule familiale.
Puis vient le moment où il faut retourner travailler. Faire face au regard des collègues, encaisser le rythme ordinaire de la société et prétendre « tenir le coup ». Aujourd'hui, notre droit du travail et le monde de l'entreprise souffrent d'une aveuglerie coupable. Aucune obligation réelle de protection, aucune exigence d'aménagement n'est imposée aux employeurs.
Certains parents survivants, à peine revenus au bureau, se voient imposer des rythmes destructeurs après des restructurations de poste : travail de nuit, multiplication des week-ends travaillés, surcharge d'objectifs. Rien ne les protège contre ces décisions arbitraires qui achèvent de briser les couples qui luttaient encore pour rester debout.
Cette situation n'est plus acceptable. Il est urgent d'agir et d'inscrire dans la loi de véritables garde-fous pour protéger ces familles détruites.
Une proposition de loi doit être portée pour créer un statut protégé pour les parents survivants.
Ce dispositif s'articulerait autour de priorités concrètes :
-Une protection renforcée de l'organisation du travail : Interdiction d'imposer des horaires de nuit ou du travail de week-end non consenti, et maintien des conditions de travail adapté pour préserver la vie familiale résiduelle.
-Un suivi médical et psychologique obligatoire : un accès garanti à un soutien psychologique pris en charge et des visites renforcées auprès de la médecine du travail pour évaluer la santé mentale du salarié.
-Un accompagnement des employeurs : former la médecine du travail et les services RH à la réintégration des salariés confrontés à un deuil parental.
Protéger les parents survivants à l'usine ou au bureau, c'est préserver leur santé mentale, protéger les couples contre le naufrage du divorce et offrir un cadre stable aux frères et sœurs qui restent.
Il est temps que le Législateur s'empare de ce sujet et fasse entrer la compassion et la justice dans le Code du travail."
Hervé Guinet
https://www.occitanie-tribune.com/articles/57848/toulouse-une-protection-pour-les-parents-survivants-a-la-mort-d-un-enfant